Archives de la catégorie ‘Critiques BD

Le collectif Québécois Le Front (2 de 3)

mardi, avril 6th, 2010

[Première partie] [Deuxième partie][Troisième partie]

Le deuxième tome de la série Le Front nous présente lui aussi cinq histoires. Heureusement, en comparaison avec le premier tome, les éditeurs ont corrigé le tir et travaillé la qualité de l’impression. Nous pouvons voir les dessins cette fois-ci. C’est une des qualités importantes pour une bande dessinée. Ils gagnent de l’expérience d’un numéro à l’autre, tout comme les artistes qui y participent.

Kandahar P.Q. par Hicham Absa et Guillaume Boucher

Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais je vous ai déjà parlé de Hicham lorsqu’il a publié la nouvelle L’ennemi secret dans le collectif Histoire d’hiver. Pour consulter l’article. Celle dont je m’apprête à vous parler a été publiée plus tôt dans l’année par rapport à celle de chez Glénat Québec, mais le thème est semblable. L’histoire, qui nous parle de nouveau de la guerre, est une collaboration avec le scénariste Guillaume Boucher.

Les auteurs se sont inspirés d’un sujet de l’actualité. En effet, les soldats canadiens revenant du front rapportent souvent des syndromes post-traumatiques dus au stress intense que leur fait subir la guerre. Le scénario est dynamique et sa construction est plutôt originale. Il nous envoie constamment d’un pays à l’autre et finit par confondre les actions de l’un et de l’autre. Nous pourrions qualifier ce scénario de schizophrénique. J’ai trouvé que les illustrations étaient un peu drabes sans être pour autant mal exécutées. Elles sont plus du courant réaliste que caricatural de la bande dessinée. C’est un style difficile à bien maîtriser, car nous pouvons facilement comparer avec la réalité. Hicham montre beaucoup de talent, mais nous sentons qu’il sera meilleur de projet en projet. C’est un jeune artiste prometteur.

Mademoiselle de Lydie par Yvon Roy et Marc Dorais

Mademoiselle de Lydie est une histoire racontant la disparition d’Edward Matis et des tentatives de son ami pour connaître ce qui lui est arrivé. L’action se déroule au dix-huitième siècle. La construction du texte est parfaite. La chute est géniale et à moins d’être amateurs de mythologie, nous ne devinons pas ce qui se passera avant la toute dernière page. Le travail d’illustration dans un genre classique est très bien exécuté. Roy joue avec les noirs et les textures pour donner de la profondeur aux cases. Sans être révolutionnaire, c’est une bande dessinée travaillée et de bonne qualité.

Peine de mort par Olivier Carpentier et Gautier Langevin

C’est une nouvelle magnifiquement construite que nous offrent ici Olivier et Gautier. Se déroulant sur douze pages, l’histoire que nous découvrons est celle du père Sullivan et de sa femme, mais surtout le récit de leur duel momentanément interrompu par un mariage qui donna naissance à leur fils. Le travail d’illustration est tout simplement génial. L’esthétique des personnages nous fait légèrement penser à celui du groupe de musique Gorilaz. Les pages sont très belles et remplies de détails et de nuances. Les personnages sont beaux, les décors sont beaux; tout est beau. À quand un album complet pour Olivier Carpentier? Il a d’ailleurs aussi participé au premier tome de Front Froid. L’article.

Plan de contingence par Louis-Philippe Bastien et Minh Nguyen

Ce récit philosophique raconte brillamment le combat entre deux êtres surnaturels. Le premier peut devenir invisible et le second peut voir l’avenir avec un délai de trente secondes. Tout au long du combat, une réflexion philosophique portant sur le déterminisme se déroule dans la tête d’un des personnages. Il aurait été facile de se perdre dans les détails trop techniques. Mais non. Le propos reste clair et ne nous fait décrocher aucunement de l’histoire.

Les illustrations sont bien réussies. On sent une pointe d’inspiration du monde du manga. Les traits des personnages ainsi que les super pouvoirs qui leur sont attribués dans le récit sont familiers pour ce genre. Nous n’aurions pas tout faux de dire que c’est du Manga à l’américaine. Les cases sont remplies d’actions. Les corps sont toujours dessinés en mouvement ce qui les rend vivantes. Mais il manque un petit quelque chose et je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. J’ai hâte de découvrir ce qu’ils auront à nous proposer dans leurs prochains projets.

Tous mes amis sont morts avant le temps par Jeik Dion

La participation de Jeik dans le premier numéro du collectif Le Front avait été malmenée par une impression plutôt ordinaire. Nous mettrons la faute sur le dos du manque d’expérience. Mais là, trop génial! C’est mon coup de coeur de ce numéro. Cette histoire est complètement trash et disjonctée. Les nombre exagérées ux personnages sont tous plus invraisemblables les uns que les autres. Nous rentrons directement dans l’imagination débridée de Jeik Dion. C’est totalement éclaté. L’histoire va dans tous les sens, mais au fil des pages une histoire secondaire se dessine et l’on comprend tout à la dernière scène.

C’est une très belle bande dessinée. Les dessins sont d’un genre pratiquement propre à l’auteur et il est peu exploité. Les cases sont croches et débordent, les traits sont larges et les expressions sont. Ça donne une saveur particulière aux pages. On pourrait faire un rapprochement entre le coup de crayon de Jeik et de Zilon. Bref, c’est un style un peu difficile à définir, mais très spectaculaire. C’est une explosion d’idées qui vous arrive en plein visage toutes en même temps.

En terminant, j’aimerais remercier les bénévoles de chez Front Froid pour toute l’énergie qu’ils déploient pour publier ces ouvrages. Les jeunes auteurs ont en effet très peu de tribunes au Québec pour s’exprimer par leur plume. Continuer votre très bon travail.

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Le collectif Québécois Le Front (1 de 3)

dimanche, mars 14th, 2010

[Première partie] [Deuxième partie] [Troisième partie]

Le troisième tome de la série du collectif Le Front arrive en magasin au début du mois d’avril. Je profite donc de l’occasion pour vous présenter une revue de ce que les deux premiers nous proposaient.

Tout d’abord, il faut dire que Front Froid est un organisme sans but lucratif qui fait la promotion de la bande dessinée alternative en donnant à des auteurs une première chance de publier une nouvelle en bande dessinée. Je dis bravo à l’initiative. J’encourage tout le monde à aller se procurer dès maintenant les deux premiers tomes vendus ensemble pour moins de vingt dollars.

J’aime lire des collectifs pour y découvrir de nouveaux talents québécois. Chaque récit est un micro univers en soi. Front Froid a eu la bonne idée de nous présente une courte biographie de l’auteur avant de nous laisser découvrir son récit. Ainsi, nous apprivoisons plus facilement ce qu’il a à nous proposer.

Joyeux Noël salauds par Olivier Carpentier

Olivier nous fait entrer dans son monde imaginaire en nous dépeignant une version assombrie du père Noël qui, ici, prend le rôle d’un super héros. Il se fait protecteur des enfants, toujours à la recherche des méchantes brutes pour leur faire payer leurs crimes. L’auteur égratigne au passage la religion en incluant un de ses membres parmi ces criminels. Il est aussi très drôle d’y rencontrer une fée des dents hardcore. Il la décrit comme une junky, dysfonctionnelle, mésadaptée sociale, déchet féérique. Vraiment très drôle.

L’histoire est bien construite et totalement originale. Les dessins semblent beaux, mais l’impression noir et blanc n’est pas très réussie et ne rend pas justice aux illustrations sombres. Je suis allé sur son site pour constater que la qualité de son travail est beaucoup plus évidente sur des planches en couleurs. On retrouve justement quelques planches en couleurs de cette histoire. C’est un site à consulter pour découvrir un artiste de la bande dessinée alternative québécoise.

Loading… par Jeik Dion

Jeik nous fait pénétrer dans son monde du jeu vidéo. Pour un lecteur comme moi qui ai cessé d’utiliser les consoles lorsque le super Nintendo est arrivé, je dois dire que c’est n’est pas facile de m’y immerger en seulement quelques pages.

Encore une fois le niveau de l’impression ne rend pas justice au travail de l’illustrateur. Les dessins sont carrément bouchés et nous empêchent de bien comprendre l’histoire. D’ailleurs, je n’ai pas compris le punch. J’ai dû chercher sur le forum pour y voir un peu plus clair. Heureusement, il possède un blogue où nous pouvons avoir une bonne idée de ses réalisations artistiques. À noter dans cette histoire l’effet de pixel qu’il a donné aux personnages. C’est tout à fait approprié pour une histoire de jeux vidéo.

Minuit et des poussières par Félix Laflamme et Martin Roy

Martin et Félix nous racontent l’histoire de parents dont le fils est un loup-garou. Pour eux, la chose semble tout à fait normale. Mais la voisine écornifleuse appelle les autorités pour essayer de savoir ce qui se passe dans la maison à côté de chez elle. Du poulet et de la tarte sont prévus pour le repas.

Nous sentons la maturité et la maitrise de la plume dans ces illustrations. Elles sont belles, pleines de profondeur et le style coïncide parfaitement avec le propos un peu trash, mais tout de même accessible. Les pages sont remplies. Le découpage des cases est dynamique, mais quand même conventionnel. En résumé, c’est une bonne histoire, bien ficelée et parfaitement illustrée.

Moi, Anastacia par Michel Falardeau

Michel Falardeau n’est pas un dernier venu dans le milieu de la bande dessinée. Il a déjà publié la très belle trilogie Mertownville aux éditions Paquet en Europe et a travaillé sur plusieurs autres projets.

Nous faisons la connaissance d’une belle bande d’amis. Le sujet est contemporain. On reconnaît la dynamique d’un groupe d’individus dans la vingtaine. J’ai souvent passé des journées comme celle-ci avec des amis. Les dialogues sont intelligents et très saccadés. Comme au sein d’un groupe nombreux, les conversations vont dans tous les sens. Les illustrations sont faites dans un style légèrement Manga. C’est très réussi. J’aurais aimé les voir en couleur. Nous en avons un petit aperçu sur son blogue.

Round Midnight par Fred Jourdain

Fred Jourdain est un infidèle de la bande dessinée. Il y vient, il la quitte. Mais ses apparitions y sont toujours remarquées. Il est avant tout un artiste visuel talentueux. On pourrait croire qu’il fait de la bande dessinée comme il peint un tableau.

Nous entrons dans le monde du début du vingtième siècle tel que Fred l’imagine. Les personnages sont caricaturaux et très bien dessinés. Les gangsters ont vraiment l’air méchant. Chaque case est dessinée comme si elle était un tableau et pouvait se détacher du reste de la page et être accrochée au mur. L’histoire est bien construite et nous plonge rapidement dans l’action. J’aimerais connaître la suite.

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Jimmy et la Bigfoot, un autre petit trésor de Pascal Girard.

mercredi, mars 3rd, 2010

Les mois de janvier et de février ont été pauvres en nouveauté québécoise. Mais voici qu’avec l’arrivée du printemps, les maisons d’édition bourgeonnent à nouveau et nous offrent plusieurs nouveautés. La Pastèque n’est pas en reste avec l’album Jimmy et le Bigfoot.

C’est l’histoire de Jimmy, adolescent timide qui voit sa vie prendre un autre cap lorsque son meilleur ami diffuse une vidéo le montrant en train de danser sur YouTube. Du fait, il devient la risée de l’école. Son oncle ne fait que mettre de l’huile sur le feu lorsqu’il diffuse à son tour une vidéo de mauvaise qualité qui montre un bigfoot. Nous suivons Jimmy à travers ses tentatives pour apprivoiser ce concept abstrait qu’est l’amour à l’adolescence tout en apprenant à vivre avec sa soudaine popularité. En trame de fond, nous prenons connaissances de ses relations avec sa famille et ses amis.

Nous reconnaissons les illustrations de Pascal Girard qui sont d’un trait simple, propre, mais tremblotant. Cette simplicité sert bien le réalisme de l’histoire. Les expressions des visages, qui sont toujours très importantes pour faire passer l’émotion dans une bande dessinée, sont très bien réussies. Les personnages sont beaux. Les arrière-plans sont toujours présents et viennent situer l’action. Les couleurs sont faites en collaboration avec Iris. Je trouve qu’elles font un lien avec les autres albums publiés au Québec dernièrement. Les palettes, aux teintes sobres, utilisées sont uniques et elles créent une ambiance enveloppante, sans superflu.

Il est intéressant de noter que certaines bulles sont masquées par d’autres. Je n’ai pas interrogé personnellement l’auteur à ce sujet, mais je m’avance en disant que ce genre de métaphore de l’illustration nous fait penser à de vraies conversations lorsque quelqu’un se fait couper la parole par un autre et que nous perdons une partie de ce qui se dit.

Les personnages ont une personnalité bien développée qui leur est propre. La psychologie des personnages est bien construite et les interactions sont crédibles. Autrement dit, c’est une bande dessinée réaliste.

Bien que cet album pourrait viser un public plus adolescent, moi, en tant que jeune adulte dans la trentaine, je me suis reconnu dans cette histoire. Le temps d’une lecture, je me suis replongé dans ma propre expérimentation de l’amour à l’aube de l’âge adulte; période qui me semble bien lointaine.

Un petit truc m’a chatouillé. Ce n’est rien de catastrophique, mais je tiens à le mentionner tout de même. Et en même temps, c’est difficile de reprocher à l’auteur de s’inspirer de son époque. Tout le monde le fait; c’est l’essence même de l’artiste. Il exprime ce que sont époque lui inspire. Voici. Je n’ai pas aimé que l’album fasse référence à Star Wars Boy. Cette histoire a fait le tour de la planète et est souvent remise en premier plan par plusieurs chroniqueurs pour illustrer les inconvénients des sites comme You Tube. Je trouve que c’est un peu réchauffé.

Cette bande dessinée à une forme très conventionnelle. Nous y retrouvons douze cases du même format dans chaque page. Ce procédé pourrait déranger le rythme de la lecture, mais ce n’est pas le cas. Honnêtement, je ne m’en suis pas aperçu avant de regarder de nouveau l’album pour écrire ce billet. Cette « monotonie » dans la forme sert très bien le propos. C’est avec ce genre de procédé difficile à bien maitriser que l’on reconnaît un grand artiste d’un plus petit. En effet, le fil de l’histoire n’est en rien altéré.

J’ai adoré cet album qui m’a fait passer un bon moment de plaisir. Allez l’acheter en courant, car le prolifique Pascal nous présentera déjà l’album Jeunauteur 2 au début du mois de mars et travaille actuellement à un autre projet qui parlera de son conventum du secondaire. Nous avons donc plusieurs heures de plaisir qui nous attend encore cette année avec Girard.

L’album Jimmy et le Bigfoot par Pascal Girard aux éditions La Pastèque est disponible dans toutes les bonnes librairies et votre magasin de bandes dessinées.

En terminant, j’ai trouvé cette petite biographie de l’auteur trop bien pour la passer sous silence.

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La bande dessinée Trois Ombres, de l’ombre à la lumière.

mardi, février 23rd, 2010

Depuis quelque temps, tout le monde parle de ce roman illustré de Cyril Pedrosa. Certains crient même au génie. Je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté de cette oeuvre et, par la même occasion, de vous donner mon opinion sur celle-ci.

Cet album raconte l’histoire d’une petite famille paysanne qui vit isolée des autres villageois, et qui voit sa quiétude bouleversée par l’arrivée dans les environs de trois mystérieux cavaliers fantomatiques insaisissables; les trois ombres. Refusant de laisser ces ombres apporter leur fils unique, le père fuit par la mer. Il croyait bien pouvoir les semer, mais la réalité le rattrapera rapidement.

Cyril Pedrosa maitrise les méthodes qui permettent de passer les émotions dans ses illustrations. Dès le début du récit, nous ressentons intensément que le bonheur de la famille, qui semble inébranlable, est mis en péril. Les événements font monter la tension chez le lecteur. C’est à certains moments un véritable suspense. Nous ne savons pas s’il faut vraiment craindre ces ombres et nous avons hâte de connaitre leurs intentions. Mais au bout d’un moment, nous comprenons que ces spectres sont en fait les exécutants de la mort et qu’elles sont là pour prendre leur fils.

Ce roman me semble être une allégorie du processus de deuil face à la perte d’un proche. J’ai cherché rapidement dans l’internet et j’ai trouvé ces sept étapes : le choc, le déni, la colère, la tristesse, la résignation, l’acceptation, la reconstruction. Nous les retrouvons tous à différents degrés dans le récit. Comment ne pas être touché par un livre qui parle de la mort d’un enfant? Je ne peux pas m’identifier vraiment personnellement à cette histoire, mais j’ai quand même été attendri. L’auteur sait comment provoquer des émotions chez le lecteur.

Le rythme est bon, l’histoire nous prend et il est impossible de déposer cet ouvrage avant d’avoir lu la dernière page. J’ai par contre trouvé qu’il y avait une petite longueur lorsque l’action se déroule sur le bateau, mais ce n’est rien pour nuire à la lecture. Dans les deux premiers tiers du roman, si nous faisons abstraction des ombres, le récit est ancrée dans le réalisme. Mais dans la troisième partie l’histoire tombe dans le fantastique avec la rencontre d’un sorcier qui lui proposera un marché. Le père se transforme en géant pour refaire le trajet inverse. C’est savoureux, plein d’imagination.

Les illustrations sont d’un genre alternatif, tout en rondeur, un peu brouillonnes. Les personnages sont caricaturaux, teintés de réalisme. J’ai l’impression de lire le premier jet crayonné de l’artiste. C’est très beau dans son imperfection. Il faut souligner l’immense travail que représente la réalisation en solo d’un tel pavé. Deux cent soixante-huit pages scénarisées et dessinées par un seul homme c’est tout un exploit en soi.

Cette longueur a pour avantage de lui donner toute la latitude pour développer des histoires parallèles avec des personnages secondaires plus travaillés et plus complets que dans un récit plus court.

Sans crier au génie à mon tour, il faut que j’admette que ce roman illustré est très bien réalisé. Je m’imagine facilement, par une glaciale soirée d’hiver de tempête, m’assoir dans mon fauteuil le plus confortable, m’enrouler dans une doudou chaude et moelleuse, et devant un bon feu d’éthanol relire cette oeuvre tout en écoutant le vent heurter les fenêtres, essayant de lire par-dessus mon épaule cette histoire qui est, après tout, un peu mélancolique, et malgré tout réconfortante.

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BD Happy Sex – Réservé aux adultes!!

mardi, février 16th, 2010

En ce surlendemain de la Saint-Valentin, voulant profiter de la thématique, je vous présente la dernière œuvre un peu osée du créateur de Titeuf; Happy Sex. Sans tomber dans la pornographie vulgaire, cet album est consacré à des situations cocasses inspirées des rapports sexuels, et ce, sans aucune censure.

Tous les auteurs de gags ont eu un jour ou l’autre des idées pour dessiner des planches avec un propos un peu salé. Je crois deviner que la plupart du temps, ces dernières sont mises de côté, car ils ne cadrent pas dans le contexte d’un ouvrage destiné à un public souvent adolescent. Mais parfois, certains se commettent et produisent un livre entier sur le sujet. Zep se paye ici tout un album de gags sur les relations sexuelles sous toutes ses formes. Il évoque le sadomasochisme, les plaisirs solitaires, les mauvais baiseurs et j’en passe.

Le concept de la couverture est original. Les éditeurs l’ont« diecute. » Le trou laisse entrevoir la page de garde qui est entièrement recouverte de scène de sexe. Je leur donne un 100 % pour l’idée, sauf qu’il faut être délicat dans nos manipulations. C’est plutôt fragile et facile à briser.

Je ne suis pas habitué de lire des bandes dessinées dont les gags sont uniquement reliés au sexe et présenté sans aucune censure. Il reste en moi un petit fond puritanisme. Tout le monde regarde ce genre d’albums, mais personne ne l’avoue. J’exagère un peu sur ma pudeur, mais il est vrai que je ne lis pas ce type de Bd très souvent. Ici, le propos est traité avec goût et humour. Rien n’est déplacé et même ma grand-mère aurait rigolé en feuilletant certaines pages. Les punchs sont drôles et s’ils ne nous font pas éclater de rire, ils nous font sourire à coup sûr. Zep demande à ses personnages de faire ce que beaucoup d’entre nous hésite à faire lorsqu’une de ces situations survient. C’est presque thérapeutique.

Ce sujet est si peu couvert en humour qu’il est relativement facile d’être original et de créer des gags efficaces tout à la fois. C’est comme travaillé avec une abondante matière vierge. Il suffit de la prendre et d’en faire ce qu’on en veut. Zep a su en tirer pleinement parti.

Pour ce qui est de l’illustration, le dessin est très bien maitrisé et nous reconnaissons dès le premier coup de crayon les lignes de Zep. D’ailleurs, il y a parfois mis en scène des personnages ressemblant étrangement à Titeuf. Il ne dessine pas les cases de façon traditionnelle, mais il définit plutôt des espaces par les arrières plans qui s’estompent vers le blanc. Ce procédé couramment utilisé par différents auteurs donne un effet visuel intéressant sans empêcher une lecture fluide et agréable. Les couleurs sont très présentes sans être tape-à-l’oeil. Sans doute qu’avec la grande quantité de vide dans une page, l’équilibre se crée et adoucit l’image.

À l’occasion, nous nous identifions à certains personnages ou encore nous avons entendu des histoires de gens qui ont vécu ce genre de situation dans leur vie sexuelle. C’est très drôle. J’ai adoré lire cet album axé sur l’humour beaucoup plus que sur le sexe. Mais je classerai tout de même cette Bd dans le rayon du haut de ma bibliothèque, à côté de Ralf Konig.

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Le regard des autres, une BD imparfaite…

jeudi, février 11th, 2010

Un photographe né aveugle découvre qu’il a retrouvé la vue à la suite du vol des yeux d’un Brésilien. Il se met à la recherche de cette victime pour lui offrir son aide et même de lui rendre ses yeux s’il le faut. Après plusieurs tentatives infructueuses, il se remet en question son geste altruiste. Mais la volonté de réparer le geste de ses parents est plus forte que tout et poursuit ses recherches. Il trouve finalement Anor. Pour connaître la suite, vous devrez vous procurer l’album.

De petites choses nous agacent en début de lecture. Il manque un peu de fluidité dans les dialogues et dans l’histoire en général. Le langage utilisé est très Québécois et pourrait rebuter certains bédéphiles français. Les illustrations ne sont pas toujours de qualité égale. Malgré tout, nous sentons le désir de bien faire les choses et la recherche d’originalité dans le style.

Le procédé stylistique de cet album est intéressant. Martin a dessiné ce que le personnage voit. Donc, c’est grâce aux yeux volés d’Anor que nous découvrons cette histoire. Cette technique plutôt originale est par contre une lame à double tranchant. Il est dangereux de donner au récit une dynamique peu fluide par la limitation des points de vue et des perspectives. Mais ici, à cause du propos, cette technique a du sens.

Pour illustrer un blackout, il n’y a rien de mieux que deux pages côte à côte pratiquement toutes noires. J’adore l’audace de sacrifier autant d’espace pour bien faire sentir l’émotion. Mais lorsqu’on reprend ce procédé sur près de huit pages, c’est un manque d’originalité. Plusieurs autres procédés auraient pu être utilisés. Je comprends que l’auteur ne voulait pas sortir du concept que l’on voit par les yeux de son personnage, mais séquestrer un homme dans le noir n’était peut-être pas la meilleure chose à faire pour faire valoir ses talents de dessinateurs.

En résumé, Martin Balcer n’a pas tout faux. On sent le désir de bien faire les choses. Pour une première bande dessinée, c’est très bien. J’ai eu du plaisir à découvrir cet artiste prometteur. Son talent est encore brut. J’ai hâte de lire ses prochaines publications. Notons l’audace d’autopublier son album. Il n’est pas donné à tous de se rendre au bout d’un tel projet. Je suivrai sa carrière de près.

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Le signe de la Lune, un album incontournable.

mardi, février 9th, 2010

Chaque année, la ville d’Angoulême reçoit le plus gros festival de bande dessinée d’Europe. Et pour la seconde fois, une application iPhone nous est offerte gratuitement afin de nous présenter la plupart des albums sélectionnés par le jury. Nous pouvons consulter leurs couvertures et les premières pages. Ainsi, nous avons la chance de nous forger une opinion rapide sur ce qu’offre l’auteur et de savoir si l’album correspond à nos goûts.

Je fouillais donc parmi les finalistes, cherchant les plus intéressants à mes yeux pour éventuellement vous les présenter. Je suis tombé sur Le signe de la Lune. Je fus immédiatement séduit par la qualité des illustrations même si celles-ci sont en noir et blanc. Ce ne sont pas mes bandes dessinées préférées habituellement, mais je reste l’esprit ouvert.

L’histoire

Le signe de la Lune est une adaptation moderne du petit chaperon rouge. Régulièrement, des auteurs de tous les genres littéraires utilisent le contes traditionnels comme base à leur récit. Mon tout premier billet portait justement sur le dernier chef-d’oeuvre de Winshluss inspiré de Pinocchio. Ce procédé donne souvent l’occasion de présenter une version plus acidifiée de l’histoire. Le propos devient plus corrosif et les illustrations plus sombres. Ce résultat est sans doute un peu dû à une relecture plus adulte du conte et, reflétant l’état d’esprit de l’époque dans laquelle nous vivons, celle-ci est plus noire et plus violente.

Bonet et Munuera nous raconte l’histoire d’Artémis. Elle se déroule en deux temps. Dans la première partie, nous découvrons les personnages alors qu’ils ne sont encore que des enfants. Les tentions sont déjà présentes entre la bande à Rufo et celle à Artémis. On ressent la bouillonnement violent de Rufo et son besoin de dominer les autres. Une tragédie survient suite à un jeux où les enfants étaient invités à récolter des limaces dans la forêt en échange d’indices leur permettant de découvrir un pendentif en forme de lune. Suite à cet événement, Artémis se réplis sur elle même; se sentant coupable.

Dans la deuxième partie, on redécouvre les mêmes personnages à l’âge adulte. Rufo est devenu un méchant Seigneur qui fait régner sa vision d’une société le servant et ne gagne le respect des villageois qu’en usant de violence et la peur qu’il génère chez eux. Artémis reste terrée chez elle depuis la tragédie. Mais un événement la fera sortir de sa cachette. Elle affrontera enfin ses peurs et finira par accepter les événements du passé. Brindille attendait ce moment depuis longtemps.

Cette bande dessinée n’est pas toute nouvelle. C’est la plus récente mouture d’une ancienne publication qui fut tirée à cent exemplaires à peine. Elle n’a le goût de réchauffé que pour quelques personnes. Les auteurs ont ajouté plusieurs scènes et ils ont refait le travail d’illustration au complet. Cette version enrichie de l’histoire nous présente une bande dessinée beaucoup plus mature et plus finement dessinée. Voici en exemple deux planches qui montrent la première et la deuxième version côte à côte.

Ce que j’en pense

Le signe de la Lune est une autre bande dessinée incontournable. L’histoire est bonne et la qualité des illustrations fait en sorte que nous nous attachons aux personnages. Les visages sont expressifs et parlants. Les cases sont toutes très bien découpées de façon à ce que la lecture soit dynamique. L’action nous est présentée sous différents angles et ce procédé nous fait parfois penser à un story-board de film. Nous sentons que les formidables illustrations sont inspirées de l’univers que Disney a créé, mais tout de même avec un coup de crayon plus contemporain et propre aux auteurs. Les ombrages sont finement travaillés et combinés aux détails des dessins, donnent une dimension réaliste et léchée.

Un petit détail m’agace. À quelques occasions, Artémis porte une cape à capuchon rouge semblable à celle du Petit Chaperon. Je ne sais pas si c’est une demande des auteurs ou simplement une fausse bonne idée que les éditeurs ont eue, mais je ne trouve pas que le procédé est très efficace ici. Ça ne fait que soulever une interrogation sur les raisons de la soudaine mise en couleur de la jeune fille. Tant qu’à ajouter quelques taches de rouge, j’aurais engagé un artiste pour colorer tout l’album. Il aurait été encore plus sublime.

Ce fable moderne ne nous épargne pas les scènes de violence. Elles sont nombreuses, mais servent bien le propos. Le conte du petit chaperon rouge est en effet très violente elle-même; il était impossible pour les auteurs de pondre un récit crédible sans faire de la violence un personnage en soi. Les relations entre les villageois sont basées sur la peur et l’intimidation ce qui teinte l’histoire d’un voile de souffrance. Nous prenons Brindille en pitié lorsqu’il se fait battre et nous partageons la douleur d’Artémis au moment où elle vit son deuil.

J’ai bien aimer regarder et lire cet album et je le relirai très bientôt. Il est trop riche pour en décoder tous les détails du premier coup. Il n’a malheureusement pas gagné de prix à Angoulême. Cela ne diminue en rien la grande qualité de cette ouvrage. C’est une traduction d’Anne-Marie Ruiz est il est publié dans la collection Long Courrier chez Dargaud.

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Magasin Général T5, Un chef-d’oeuvre qui se poursuit

mardi, février 2nd, 2010

Je peux comprendre que les irrésistibles Québécois avec leur vaste territoire francophone en Amérique fassent rêver et inspire deux artistes français de talents comme Loisel et Tripp. Ces deux Québécois d’adoption ont touché juste en créant cette série. J’en suis un adepte inconditionnel depuis le premier tome. Comment ne pas apprécier ces dessins à quatre mains où les nombreux détails sont pertinents, travaillés et où les émotions des personnages transpercent le papier et viennent nous chercher directement au coeur.

Dans ce cinquième tome, nous retrouvons la jolie veuve Marie, propriétaire du magasin général entourée de tous les savoureux personnages de la série. L’album débute au moment où les villageois découvrent qu’elle a eu une rapide partie de jambes en l’air avec le p’tit Allaire. Leur réaction est violente. Ce comportement va totalement à l’encontre de la morale de l’époque. Ils le lui font sentir. Malgré ces nombreux reproches, les villageois restent solidaires envers elle lors de la mort de sa grand-mère; preuve de l’importance que prenaient les coutumes religieuses dans leur vie. Mais ils refusent tout de même de lui parler et encore plus de lui pardonner. Nous accrochons sur une case particulièrement triste où, à la suite des funérailles, tous les villageois retournent à leur besogne, laissant Marie seule au milieu de la route portant sur ses épaules son double chagrin.

L’histoire de Marie est dramatique. Mais comme plusieurs autres femmes fortes de son époque, elle encaisse les coups, se relève les manches et poursuit son chemin. Le village s’entêtant à la faire sentir comme un paria, elle décide de prendre le large. Cette fois-ci, cette route la portera jusqu’à Montréal.

À la suite de son départ et, par le fait même, la perte de l’unique camion de la région, les villageois ont à nouveau des remontrances envers son comportement. La grogne monte et le mécontentement se fait sentir. Heureusement, Gaëtan, le simple du village, leur lance au visage la vérité. C’est eux qui ont fait fuir la pauvre femme par leur intransigeance face à la situation. On nous laisse au moment où le village est en pénurie de tous les biens essentiels et que les hommes s’apprêtent à agir avec la complicité de Serge. Mais le téléphone sonne…

Cette bande dessinée historique est d’une cruelle réalité. Nous y découvrons les préceptes moraux de l’époque et la dynamique sociale des petits villages coloniaux des années vingt. On prend conscience de l’importance d’un simple camion à une période où les moyens de communication étaient peu nombreux et de la nécessité d’avoir un magasin général pour subvenir aux nombreux besoins des villageois.

Chaque page est savoureuse. Il faut lire une première fois pour connaître l’histoire, puis une seconde fois seulement pour admirer le travaille d’illustration. Ces deux dessinateurs et ce coloriste ont réalisé, à mon avis, une des oeuvres majeures de la bande dessinée contemporaine. Une telle maitrise du 9e art n’a pas d’égal. Ces albums sont tout simplement vivants. Cette série frôle la perfection. Le style des illustrations ne peut pas être plus en symbiose avec le propos. Les personnages sont attachants et représentent bien une tranche de la société rurale des années vingt au Québec. Les auteurs prennent le temps de les installer dans l’action ce qui donne un rythme de lecture lent et très agréable.

J’ai remarqué qu’ils ont utilisé un procédé très intéressant que l’on pourrait comparer à des voix hors champ au cinéma. Ils poursuivent un dialogue amorcé dans une case dans la suivante qui, elle, nous présente une tout autre action, impliquant d’autres personnages. Ainsi, ils ne surchargent pas la case où il est nécessaire d’avoir un dialogue plus élaboré et garde le propos clair. Nous ne retrouvons pas de longues séries de cases semblables où nous pouvons suivre une conversation entre deux personnages. Chaque case est unique et nous présente un plan différent de l’action.

Le non-dit nous parle beaucoup dans cet album et donne un deuxième niveau de lecture. Les bulles transmettent le dialogue et les yeux les émotions. Nous reconnaissons souvent le talent d’un artiste en bande dessinée lorsqu’il peut nous partager ce que le personnage ressent seulement par l’expression de ses yeux. Nous retrouvons une grande profondeur et une grande maturité dans cette histoire. La lecture se fait beaucoup par les émotions.

Initialement, cette série devait se dérouler sur trois tomes, mais le nombre est rapidement passé à six. Il est difficile de croire qu’ils s’en arrêteront là. Le sujet est tellement vaste. Ils pourraient raconter l’histoire de Marie jusqu’à sa mort sans que nous nous en lassions.

Pour ceux qui viennent d’arriver sur la Terre, courez à votre librairie BD la plus proche et achetez ces cinq tomes immédiatement. Vous en retirerez des heures de plaisir à lire, relire et rerelire ces albums.

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La BD corrosive L’encyclopédie DeKessé

mardi, janvier 26th, 2010

J’ai pris l’album sur le rayon de nouveautés québécoises. J’ai fait tourner les pages rapidement. Je l’ai reposé. J’ai poursuivi mon exploration, puis je suis revenu. Je l’ai finalement acheté. Je ne suis pas un fanatique du genre bande dessinée humoristique à la sauce Safarir où les pages sont souvent bâclées et où l’humour est sans envergure. C’est pourquoi je ne suis pas laissé convaincre facilement. Et heureusement que je suis revenu sur mes pas. C’est un album beaucoup mieux travaillé que le Saf.

Rose Beef et Denis Rodier sont les créateurs de cette encyclopédie décadente et injurieuse. Nous y suivons Philomène Bêta-Kappu; itinérante doctoresse en épistémologie qui nous fait découvrir son vaste champ de connaissances au fil de courtes histoires. Avec un niveau d’humour intelligent et des jeux de mots efficaces, les auteurs s’amusent à taper sur tout ce qui bouge dans la stratosphère québécoise. Rien n’est tabou. Les sujets abordés sont nombreux. On y parle d’histoire, de science, d’actualité. Bêta-Kappu ne se gène pas pour ridiculiser tous ceux qu’elle trouve sur sa route et les escroquer du même souffle. Elle est politiquement très incorrecte. Le langage utilisé pourrait ne pas convenir au plus jeune ou choquer les plus sensibles. Cet angle d’attaque choisi par les auteurs donne un certain goût acide à cette BD. J’adore.

Le travail d’illustration est à souligner. Le découpage des pages est dynamique et efficace. Les couleurs viennent soutenir l’effort de mise en page. Les expressions sur les visages caricaturaux sont réussies et nous font souvent rire. Ça nous donne un album travaillé et agréable à regarder et à lire.

Je ne possède pas de formation en art visuel et je cherche souvent comment parler du travail d’illustration d’une BD. Je me sens inculte. Dans les prochaines semaines, je ferai donc un effort pour trouver comment parler d’illustration efficacement.

Un achat pour ceux qui aiment le genre.

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Le collectif de BD Québécois Histoires d’hiver… quelques petits trésors!

mardi, janvier 19th, 2010


Certains Québécois aiment l’hiver et d’autres la détestent. Sans dire que je suis du deuxième groupe, je ne suis pas du premier non plus. Je subis sans détester. Mais aucun ne peut nier que l’hiver fait partie de notre vie, qu’il forge une partie de notre caractère et fait de nous ce que nous sommes. Personne ne peut rester indifférent face à l’engourdissement saisonnier qu’elle provoque sur notre société nordique. Glénat Québec en a d’ailleurs fait le thème de ce deuxième concours de bande dessinée. Le jury a choisi six histoires dessinées par des artistes québécois. J’adore les albums collectifs. Ils permettent à plusieurs auteurs de la relève de publier de belles histoires et de se faire connaître.

Zviane est une artisteparmis ceux-là. Je vous ai parlé dernièrement de son travail et de son blogue L’ostie d’chat. Sans être le but de cet achat, je l’ai retrouvé dans cet album. Avec mauve ciel, nous ne pouvons que constater une fois de plus son grand talent pour raconter des histoires. Cette fois-ci, elle nous dessine un petit bout de la vie d’une jeune montréalaise. Nous pourrions croire que nous assistons au début d’une belle histoire d’amour. À l’image de l’hiver, le rythme est lent et tout à fait approprié pour soutenir le délicat romantisme de la situation. Les dialogues sont à l’image de sa génération. Genre! J’ai bien ri lorsqu’elle fait dire à son personnage qu’il faisait -1000 dehors. C’est une très belle métaphore pour exprimer l’intensité du froid hivernal. Le choix des couleurs est tout à fait approprié et vient soutenir le propos. Définitivement, j’espère retrouver cette artiste dans les rayons prochainement.

Plus grave et plus noir, L’ennemi secret de Hicham Absa nous porte dans un tout autre univers; la capitulation de la sixième armée allemande durant la Deuxième Guerre mondiale. Nous sentons que l’hiver est le vrai ennemi dans cette histoire. Elle pèse sur le moral des soldats et pousse à capituler ceux qui n’ont pas déjà succombé à son froid. L’histoire est bien construite, mais ce n’est pas ce qui m’a séduit le plus. Les illustrations sont d’une efficacité incontestable. Les teintes grisâtres font ressortir les visages des personnages et le rouge du sang qui ressemble à un feu d’artifice. À elles seules, elles expriment les sentiments que la guerre suscite en nous. C’est du grand art. Il a déjà publié chez Front Froid. Je vous en glisserai un mot très bientôt.

Après avoir lu ces deux très bonnes nouvelles, nous en redemandons. Mais nous tournons la page et tombons sur Un coin de paradis de Serge Brouillet. C’est l’histoire de deux urbains écologistes qui décident d’ouvrir un gite du passant en campagne. Leur vision idyllique de la nature se change rapidement en cauchemar avec l’arrivée des motoneigistes. La thématique est très actuelle, mais le style des illustrations date d’une autre époque. Je verrais très bien cette BD dans le magazine des petits débrouillards des années quatre-vingt. J’ai d’ailleurs l’impression qu’un adolescent à ses premières armes les a dessinées. J’ai quand même ri un peu en la lisant.

Vieux fou de Kan-J et Mikey rattrape la donne. Nous aimons voir l’effort de réalisme dans l’illustration de cette histoire où un homme est enfermé et oublié en prison. Du fait, l’hiver s’installe pour une longue période. Les couleurs accompagnent le propos. Nous passons de la grisaille de l’hiver aux couleurs éclatantes de l’été. J’aurais aimé voir comment ces auteurs auraient travaillé le scénario s’ils avaient eu plus de pages à leur disposition. Je trouve qu’ils ont coupé court, mais je comprends qu’ils ne disposaient que de six pages. À la place de l’éditeur, je leur aurais donné celles de Brouillet.

La petite fille qui savait compter de Banville est une mignonne petite histoire que je destinerais plus à des enfants qu’à un public adulte. Pour les esprits plus cartésiens, il sera difficile d’embarquer dans l’imaginaire de Banville. Ça ressemble à un petit conte de Noël où une petite fille fait subir un hiver infernal à tout son village. Même si c’est un récit imaginaire, il manque un peu de logique et nous sentons que c’est un peu tiré par les cheveux. Ce n’est pas donné à tout le monde de bien développer une histoire en quelques pages. De plus, j’ai de la difficulté avec ce style d’illustrations. Est-ce un style unique au Québec? Je me pose sérieusement la question. On ne rencontre pas ce trait ailleurs qu’ici. Beaucoup plus réussi que Brouillet, je les classerais dans la même catégorie malgré tout.

Et il y a cet extra-terrestre de Giard; Infrastructure. Le trait grossier donne un style alternatif que j’adore. On comprend que c’est l’hiver et que c’est le soir. Les couleurs sont flamboyantes par leur sobriété. La trame de l’histoire est complètement déstructurée. En une seule page, il en raconte davantage que Banville dans toute sa nouvelle. C’est une bande dessinée éclatée, colorée, très dense. Les personnages marchent dans la neige et sans comprendre tout de suite où l’auteur nous amène, on réalise que ce n’est qu’un bout de vie de deux gars qui se racontent des anecdotes. Je me vois très bien marcher le soir avec un ami et lui raconter les mêmes choses. J’en veux encore.

Malgré le fait que ce collectif soit un peu inégal, je prendrai du plaisir à le relire d’une couverture à l’autre. Il met en valeur les talents québécois et est, à mon avis, représentatif de la position du milieu de la bande dessinée d’ici. Je ne sais pas si le mélange des genres peut plaire à tout le monde. J’aurais personnellement opté pour un album plus contemporain en remplaçant Brouillet et Banville par des illustrateurs comme Duy.

J’ai peut-être une petite dernière petite note négative à ajouter. Je peux comprendre que Glénat Québec est une filiale de la maison d’édition française du même nom et fait partie du groupe Hachette. Mais je trouve désolant d’imprimer en Italie un collectif d’artistes québécois. Nous avons de très bons imprimeurs qui peuvent faire le même travail au même prix. J’en suis convaincu.

Je tiens à m’excuser auprès des artistes pour la qualité du rendu de certaines illustrations. Habituellement je me nourris sur Google Image, mais comme c’est le cas pour beaucoup d’albums québécois, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais.  Je travaille à améliorer ma technique de numérisation.

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