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Le signe de la Lune, un album incontournable.

mardi, février 9th, 2010

Chaque année, la ville d’Angoulême reçoit le plus gros festival de bande dessinée d’Europe. Et pour la seconde fois, une application iPhone nous est offerte gratuitement afin de nous présenter la plupart des albums sélectionnés par le jury. Nous pouvons consulter leurs couvertures et les premières pages. Ainsi, nous avons la chance de nous forger une opinion rapide sur ce qu’offre l’auteur et de savoir si l’album correspond à nos goûts.

Je fouillais donc parmi les finalistes, cherchant les plus intéressants à mes yeux pour éventuellement vous les présenter. Je suis tombé sur Le signe de la Lune. Je fus immédiatement séduit par la qualité des illustrations même si celles-ci sont en noir et blanc. Ce ne sont pas mes bandes dessinées préférées habituellement, mais je reste l’esprit ouvert.

L’histoire

Le signe de la Lune est une adaptation moderne du petit chaperon rouge. Régulièrement, des auteurs de tous les genres littéraires utilisent le contes traditionnels comme base à leur récit. Mon tout premier billet portait justement sur le dernier chef-d’oeuvre de Winshluss inspiré de Pinocchio. Ce procédé donne souvent l’occasion de présenter une version plus acidifiée de l’histoire. Le propos devient plus corrosif et les illustrations plus sombres. Ce résultat est sans doute un peu dû à une relecture plus adulte du conte et, reflétant l’état d’esprit de l’époque dans laquelle nous vivons, celle-ci est plus noire et plus violente.

Bonet et Munuera nous raconte l’histoire d’Artémis. Elle se déroule en deux temps. Dans la première partie, nous découvrons les personnages alors qu’ils ne sont encore que des enfants. Les tentions sont déjà présentes entre la bande à Rufo et celle à Artémis. On ressent la bouillonnement violent de Rufo et son besoin de dominer les autres. Une tragédie survient suite à un jeux où les enfants étaient invités à récolter des limaces dans la forêt en échange d’indices leur permettant de découvrir un pendentif en forme de lune. Suite à cet événement, Artémis se réplis sur elle même; se sentant coupable.

Dans la deuxième partie, on redécouvre les mêmes personnages à l’âge adulte. Rufo est devenu un méchant Seigneur qui fait régner sa vision d’une société le servant et ne gagne le respect des villageois qu’en usant de violence et la peur qu’il génère chez eux. Artémis reste terrée chez elle depuis la tragédie. Mais un événement la fera sortir de sa cachette. Elle affrontera enfin ses peurs et finira par accepter les événements du passé. Brindille attendait ce moment depuis longtemps.

Cette bande dessinée n’est pas toute nouvelle. C’est la plus récente mouture d’une ancienne publication qui fut tirée à cent exemplaires à peine. Elle n’a le goût de réchauffé que pour quelques personnes. Les auteurs ont ajouté plusieurs scènes et ils ont refait le travail d’illustration au complet. Cette version enrichie de l’histoire nous présente une bande dessinée beaucoup plus mature et plus finement dessinée. Voici en exemple deux planches qui montrent la première et la deuxième version côte à côte.

Ce que j’en pense

Le signe de la Lune est une autre bande dessinée incontournable. L’histoire est bonne et la qualité des illustrations fait en sorte que nous nous attachons aux personnages. Les visages sont expressifs et parlants. Les cases sont toutes très bien découpées de façon à ce que la lecture soit dynamique. L’action nous est présentée sous différents angles et ce procédé nous fait parfois penser à un story-board de film. Nous sentons que les formidables illustrations sont inspirées de l’univers que Disney a créé, mais tout de même avec un coup de crayon plus contemporain et propre aux auteurs. Les ombrages sont finement travaillés et combinés aux détails des dessins, donnent une dimension réaliste et léchée.

Un petit détail m’agace. À quelques occasions, Artémis porte une cape à capuchon rouge semblable à celle du Petit Chaperon. Je ne sais pas si c’est une demande des auteurs ou simplement une fausse bonne idée que les éditeurs ont eue, mais je ne trouve pas que le procédé est très efficace ici. Ça ne fait que soulever une interrogation sur les raisons de la soudaine mise en couleur de la jeune fille. Tant qu’à ajouter quelques taches de rouge, j’aurais engagé un artiste pour colorer tout l’album. Il aurait été encore plus sublime.

Ce fable moderne ne nous épargne pas les scènes de violence. Elles sont nombreuses, mais servent bien le propos. Le conte du petit chaperon rouge est en effet très violente elle-même; il était impossible pour les auteurs de pondre un récit crédible sans faire de la violence un personnage en soi. Les relations entre les villageois sont basées sur la peur et l’intimidation ce qui teinte l’histoire d’un voile de souffrance. Nous prenons Brindille en pitié lorsqu’il se fait battre et nous partageons la douleur d’Artémis au moment où elle vit son deuil.

J’ai bien aimer regarder et lire cet album et je le relirai très bientôt. Il est trop riche pour en décoder tous les détails du premier coup. Il n’a malheureusement pas gagné de prix à Angoulême. Cela ne diminue en rien la grande qualité de cette ouvrage. C’est une traduction d’Anne-Marie Ruiz est il est publié dans la collection Long Courrier chez Dargaud.

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Un Pinocchio pour adulte de Winshluss

dimanche, novembre 22nd, 2009

Je déambulais au Salon du Livre de Montréal à la recherche de BD différentes de ce que je croisais tous les jours en librairie. J’y ai fait quelques découvertes intéressantes, mais j’ai dû affiler ma patience et chercher. Je m’apprêtais à quitter la place, ayant amplement dépassé le budget que je m’étais fixé, quand je vis au milieu d’un présentoir, cette couverture arborant de magnifiques illustrations annonçant un style hors-norme. Je pris l’album et l’ouvris. L’explosion de couleur que je reçus fut pour moi un coup de foudre instantané. Sans même avoir lu le titre ni même m’être interrogé sur l’auteur, j’étais devant la caisse, MasterCard à la main. Il était hors de question de me priver un instant du délice de découvrir ce que renfermaient ces deux-cents pages de pur chef-d’œuvre.

Tout le monde connaît l’histoire de ce petit pantin de bois qu’un vieux menuisier esseulé avait sculpté et qui prenait vie. En effet, le personnage de Pinocchio créé par Carlo Collodi donne du fil à retordre à son protecteur. Il se lance dans des aventures qui lui font découvrir ce qu’est la vie et qui lui enseigne des valeurs louables. À la fin, la bonne fée qui le protège de ses mauvaises fréquentations et qui le sort de ses mauvais pas le transforme en vrai petit garçon.

Il est difficile de croire que quelqu’un peut encore nous émerveiller en revisitant cette histoire du dix-septième siècle. Pourtant, Winshluss le fait avec brio. Les si belles couleurs qui m’avaient tant séduit sont celles de Cizo; collaborateur incontournable des derniers projets de l’auteur.

L’album nous présente l’histoire d’un Pinocchio androïde et désincarné traversant les scènes qui sont tous plus noires les unes que les autres. Pour se sortir de mauvais pas, le pantin métallique use de ses armes dont sont créateur l’a doté. Certes, certaines scènes peuvent paraître violentes, mais en général elles servent relativement bien l’histoire. J’ai de la difficulté à endosser cette violence en général, mais ici elle illustre le dessin qu’avait pour lui le concepteur du petit robot. Il ne connaît pas d’autre manière d’agir sinon que d’utiliser les outils dont il est doté.

Parallèlement, nous suivons l’histoire de différents personnages, dont un œil robotisé, un cafard habitant la tête de Pinocchio, une version sadomasochiste des sept nains, de Wonder ce mendiant aveugle, d’un gigantesque poisson mutant et de plusieurs autres. Cet enchevêtrement d’histoire qui peut paraître chaotique au premier abord nous permet de ne pas nous lasser de l’histoire principale qui pourrait être plus banale, dénuée de tous ces à-côtés.

J’ai de la difficulté à croire qu’un seul auteur puisse mettre au monde un tel ouvrage. Imaginez la quantité de travail nécessaire pour accoucher d’une bande dessinée de deux-cents pages. Chacune d’entre elles nous interpelle; aucune n’est banale. Le style glauque est unique et vient donner de l’envergure au récit. Le traitement des couleurs est parfait. Et que dire des dialogues ou plutôt la quasi-absence de dialogue? À part quelques récits parallèles, aucun mot n’est prononcé. Pourtant, nous arrivons parfaitement à garder le fils de l’histoire en lisant les dessins. Par la posture et l’expression de leur visage, les personnes expriment parfaitement le message qu’ils veulent transmettre. Seul un grand maître peut arriver à ce résultat.

Je me procurerai les albums précédents de Winshluss prochainement. Je suis tombé sous le charme de cet artiste et j’espère qu’il produira encore de nombreuses BD pour le plus grand plaisir de tous.

L’ouvrage « Pinocchio » de Winshluss

s’est vu décerner le Fauve D’or 2009,

– Prix du meilleur album – du 36ème Festival

de la bande dessinée d’Angoulême.


Fiche

Titre : Pinocchio

Auteur : Winshluss

Couleur : Cizo

Maison d’édition : Requins Marteaux

Nombre de page : Environ 188

Prix : 59,95$

Reliure : Rigide

ISBN : 978-2-84961-067-1

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