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Le Festival de la BD francophone de Québec est de retour!

lundi, avril 4th, 2011

Encore une fois cette année le Festival de la BD francophone de Québec nous offre une programmation complète qui nous propose diverses activités toutes plus intéressantes les unes que les autres. Elles se dérouleront du 13 au 17 avril dans différents lieux culturels de Québec, dont le Salon International du livre de Québec. Animations jeunesse, rencontres d’auteurs, tables rondes et dessins en direct, les visiteurs auront l’embarras du choix parmi tout ce qui est proposé au Café-rencontre BD et à l’Atelier BD.

L’équipe de Front Froid, qui a pour but de faire la promotion de la BD québécoise, vous rencontrera avec ses meilleurs collaborateurs lors d’un brunch au Cercle. Les auteurs au menu : Julien Paré-Sorel, Miguel Bouchard, Michel Falardeau, Hicham Absa et Jeik Dion !

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Le collectif Québécois Le Front (2 de 3)

mardi, avril 6th, 2010

[Première partie] [Deuxième partie][Troisième partie]

Le deuxième tome de la série Le Front nous présente lui aussi cinq histoires. Heureusement, en comparaison avec le premier tome, les éditeurs ont corrigé le tir et travaillé la qualité de l’impression. Nous pouvons voir les dessins cette fois-ci. C’est une des qualités importantes pour une bande dessinée. Ils gagnent de l’expérience d’un numéro à l’autre, tout comme les artistes qui y participent.

Kandahar P.Q. par Hicham Absa et Guillaume Boucher

Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais je vous ai déjà parlé de Hicham lorsqu’il a publié la nouvelle L’ennemi secret dans le collectif Histoire d’hiver. Pour consulter l’article. Celle dont je m’apprête à vous parler a été publiée plus tôt dans l’année par rapport à celle de chez Glénat Québec, mais le thème est semblable. L’histoire, qui nous parle de nouveau de la guerre, est une collaboration avec le scénariste Guillaume Boucher.

Les auteurs se sont inspirés d’un sujet de l’actualité. En effet, les soldats canadiens revenant du front rapportent souvent des syndromes post-traumatiques dus au stress intense que leur fait subir la guerre. Le scénario est dynamique et sa construction est plutôt originale. Il nous envoie constamment d’un pays à l’autre et finit par confondre les actions de l’un et de l’autre. Nous pourrions qualifier ce scénario de schizophrénique. J’ai trouvé que les illustrations étaient un peu drabes sans être pour autant mal exécutées. Elles sont plus du courant réaliste que caricatural de la bande dessinée. C’est un style difficile à bien maîtriser, car nous pouvons facilement comparer avec la réalité. Hicham montre beaucoup de talent, mais nous sentons qu’il sera meilleur de projet en projet. C’est un jeune artiste prometteur.

Mademoiselle de Lydie par Yvon Roy et Marc Dorais

Mademoiselle de Lydie est une histoire racontant la disparition d’Edward Matis et des tentatives de son ami pour connaître ce qui lui est arrivé. L’action se déroule au dix-huitième siècle. La construction du texte est parfaite. La chute est géniale et à moins d’être amateurs de mythologie, nous ne devinons pas ce qui se passera avant la toute dernière page. Le travail d’illustration dans un genre classique est très bien exécuté. Roy joue avec les noirs et les textures pour donner de la profondeur aux cases. Sans être révolutionnaire, c’est une bande dessinée travaillée et de bonne qualité.

Peine de mort par Olivier Carpentier et Gautier Langevin

C’est une nouvelle magnifiquement construite que nous offrent ici Olivier et Gautier. Se déroulant sur douze pages, l’histoire que nous découvrons est celle du père Sullivan et de sa femme, mais surtout le récit de leur duel momentanément interrompu par un mariage qui donna naissance à leur fils. Le travail d’illustration est tout simplement génial. L’esthétique des personnages nous fait légèrement penser à celui du groupe de musique Gorilaz. Les pages sont très belles et remplies de détails et de nuances. Les personnages sont beaux, les décors sont beaux; tout est beau. À quand un album complet pour Olivier Carpentier? Il a d’ailleurs aussi participé au premier tome de Front Froid. L’article.

Plan de contingence par Louis-Philippe Bastien et Minh Nguyen

Ce récit philosophique raconte brillamment le combat entre deux êtres surnaturels. Le premier peut devenir invisible et le second peut voir l’avenir avec un délai de trente secondes. Tout au long du combat, une réflexion philosophique portant sur le déterminisme se déroule dans la tête d’un des personnages. Il aurait été facile de se perdre dans les détails trop techniques. Mais non. Le propos reste clair et ne nous fait décrocher aucunement de l’histoire.

Les illustrations sont bien réussies. On sent une pointe d’inspiration du monde du manga. Les traits des personnages ainsi que les super pouvoirs qui leur sont attribués dans le récit sont familiers pour ce genre. Nous n’aurions pas tout faux de dire que c’est du Manga à l’américaine. Les cases sont remplies d’actions. Les corps sont toujours dessinés en mouvement ce qui les rend vivantes. Mais il manque un petit quelque chose et je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. J’ai hâte de découvrir ce qu’ils auront à nous proposer dans leurs prochains projets.

Tous mes amis sont morts avant le temps par Jeik Dion

La participation de Jeik dans le premier numéro du collectif Le Front avait été malmenée par une impression plutôt ordinaire. Nous mettrons la faute sur le dos du manque d’expérience. Mais là, trop génial! C’est mon coup de coeur de ce numéro. Cette histoire est complètement trash et disjonctée. Les nombre exagérées ux personnages sont tous plus invraisemblables les uns que les autres. Nous rentrons directement dans l’imagination débridée de Jeik Dion. C’est totalement éclaté. L’histoire va dans tous les sens, mais au fil des pages une histoire secondaire se dessine et l’on comprend tout à la dernière scène.

C’est une très belle bande dessinée. Les dessins sont d’un genre pratiquement propre à l’auteur et il est peu exploité. Les cases sont croches et débordent, les traits sont larges et les expressions sont. Ça donne une saveur particulière aux pages. On pourrait faire un rapprochement entre le coup de crayon de Jeik et de Zilon. Bref, c’est un style un peu difficile à définir, mais très spectaculaire. C’est une explosion d’idées qui vous arrive en plein visage toutes en même temps.

En terminant, j’aimerais remercier les bénévoles de chez Front Froid pour toute l’énergie qu’ils déploient pour publier ces ouvrages. Les jeunes auteurs ont en effet très peu de tribunes au Québec pour s’exprimer par leur plume. Continuer votre très bon travail.

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Le collectif de BD Québécois Histoires d’hiver… quelques petits trésors!

mardi, janvier 19th, 2010


Certains Québécois aiment l’hiver et d’autres la détestent. Sans dire que je suis du deuxième groupe, je ne suis pas du premier non plus. Je subis sans détester. Mais aucun ne peut nier que l’hiver fait partie de notre vie, qu’il forge une partie de notre caractère et fait de nous ce que nous sommes. Personne ne peut rester indifférent face à l’engourdissement saisonnier qu’elle provoque sur notre société nordique. Glénat Québec en a d’ailleurs fait le thème de ce deuxième concours de bande dessinée. Le jury a choisi six histoires dessinées par des artistes québécois. J’adore les albums collectifs. Ils permettent à plusieurs auteurs de la relève de publier de belles histoires et de se faire connaître.

Zviane est une artisteparmis ceux-là. Je vous ai parlé dernièrement de son travail et de son blogue L’ostie d’chat. Sans être le but de cet achat, je l’ai retrouvé dans cet album. Avec mauve ciel, nous ne pouvons que constater une fois de plus son grand talent pour raconter des histoires. Cette fois-ci, elle nous dessine un petit bout de la vie d’une jeune montréalaise. Nous pourrions croire que nous assistons au début d’une belle histoire d’amour. À l’image de l’hiver, le rythme est lent et tout à fait approprié pour soutenir le délicat romantisme de la situation. Les dialogues sont à l’image de sa génération. Genre! J’ai bien ri lorsqu’elle fait dire à son personnage qu’il faisait -1000 dehors. C’est une très belle métaphore pour exprimer l’intensité du froid hivernal. Le choix des couleurs est tout à fait approprié et vient soutenir le propos. Définitivement, j’espère retrouver cette artiste dans les rayons prochainement.

Plus grave et plus noir, L’ennemi secret de Hicham Absa nous porte dans un tout autre univers; la capitulation de la sixième armée allemande durant la Deuxième Guerre mondiale. Nous sentons que l’hiver est le vrai ennemi dans cette histoire. Elle pèse sur le moral des soldats et pousse à capituler ceux qui n’ont pas déjà succombé à son froid. L’histoire est bien construite, mais ce n’est pas ce qui m’a séduit le plus. Les illustrations sont d’une efficacité incontestable. Les teintes grisâtres font ressortir les visages des personnages et le rouge du sang qui ressemble à un feu d’artifice. À elles seules, elles expriment les sentiments que la guerre suscite en nous. C’est du grand art. Il a déjà publié chez Front Froid. Je vous en glisserai un mot très bientôt.

Après avoir lu ces deux très bonnes nouvelles, nous en redemandons. Mais nous tournons la page et tombons sur Un coin de paradis de Serge Brouillet. C’est l’histoire de deux urbains écologistes qui décident d’ouvrir un gite du passant en campagne. Leur vision idyllique de la nature se change rapidement en cauchemar avec l’arrivée des motoneigistes. La thématique est très actuelle, mais le style des illustrations date d’une autre époque. Je verrais très bien cette BD dans le magazine des petits débrouillards des années quatre-vingt. J’ai d’ailleurs l’impression qu’un adolescent à ses premières armes les a dessinées. J’ai quand même ri un peu en la lisant.

Vieux fou de Kan-J et Mikey rattrape la donne. Nous aimons voir l’effort de réalisme dans l’illustration de cette histoire où un homme est enfermé et oublié en prison. Du fait, l’hiver s’installe pour une longue période. Les couleurs accompagnent le propos. Nous passons de la grisaille de l’hiver aux couleurs éclatantes de l’été. J’aurais aimé voir comment ces auteurs auraient travaillé le scénario s’ils avaient eu plus de pages à leur disposition. Je trouve qu’ils ont coupé court, mais je comprends qu’ils ne disposaient que de six pages. À la place de l’éditeur, je leur aurais donné celles de Brouillet.

La petite fille qui savait compter de Banville est une mignonne petite histoire que je destinerais plus à des enfants qu’à un public adulte. Pour les esprits plus cartésiens, il sera difficile d’embarquer dans l’imaginaire de Banville. Ça ressemble à un petit conte de Noël où une petite fille fait subir un hiver infernal à tout son village. Même si c’est un récit imaginaire, il manque un peu de logique et nous sentons que c’est un peu tiré par les cheveux. Ce n’est pas donné à tout le monde de bien développer une histoire en quelques pages. De plus, j’ai de la difficulté avec ce style d’illustrations. Est-ce un style unique au Québec? Je me pose sérieusement la question. On ne rencontre pas ce trait ailleurs qu’ici. Beaucoup plus réussi que Brouillet, je les classerais dans la même catégorie malgré tout.

Et il y a cet extra-terrestre de Giard; Infrastructure. Le trait grossier donne un style alternatif que j’adore. On comprend que c’est l’hiver et que c’est le soir. Les couleurs sont flamboyantes par leur sobriété. La trame de l’histoire est complètement déstructurée. En une seule page, il en raconte davantage que Banville dans toute sa nouvelle. C’est une bande dessinée éclatée, colorée, très dense. Les personnages marchent dans la neige et sans comprendre tout de suite où l’auteur nous amène, on réalise que ce n’est qu’un bout de vie de deux gars qui se racontent des anecdotes. Je me vois très bien marcher le soir avec un ami et lui raconter les mêmes choses. J’en veux encore.

Malgré le fait que ce collectif soit un peu inégal, je prendrai du plaisir à le relire d’une couverture à l’autre. Il met en valeur les talents québécois et est, à mon avis, représentatif de la position du milieu de la bande dessinée d’ici. Je ne sais pas si le mélange des genres peut plaire à tout le monde. J’aurais personnellement opté pour un album plus contemporain en remplaçant Brouillet et Banville par des illustrateurs comme Duy.

J’ai peut-être une petite dernière petite note négative à ajouter. Je peux comprendre que Glénat Québec est une filiale de la maison d’édition française du même nom et fait partie du groupe Hachette. Mais je trouve désolant d’imprimer en Italie un collectif d’artistes québécois. Nous avons de très bons imprimeurs qui peuvent faire le même travail au même prix. J’en suis convaincu.

Je tiens à m’excuser auprès des artistes pour la qualité du rendu de certaines illustrations. Habituellement je me nourris sur Google Image, mais comme c’est le cas pour beaucoup d’albums québécois, je n’ai pas trouvé ce que je cherchais.  Je travaille à améliorer ma technique de numérisation.

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