Archives du tag ‘Olivier Carpentier

Le collectif Québécois Le Front (2 de 3)

mardi, avril 6th, 2010

[Première partie] [Deuxième partie][Troisième partie]

Le deuxième tome de la série Le Front nous présente lui aussi cinq histoires. Heureusement, en comparaison avec le premier tome, les éditeurs ont corrigé le tir et travaillé la qualité de l’impression. Nous pouvons voir les dessins cette fois-ci. C’est une des qualités importantes pour une bande dessinée. Ils gagnent de l’expérience d’un numéro à l’autre, tout comme les artistes qui y participent.

Kandahar P.Q. par Hicham Absa et Guillaume Boucher

Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais je vous ai déjà parlé de Hicham lorsqu’il a publié la nouvelle L’ennemi secret dans le collectif Histoire d’hiver. Pour consulter l’article. Celle dont je m’apprête à vous parler a été publiée plus tôt dans l’année par rapport à celle de chez Glénat Québec, mais le thème est semblable. L’histoire, qui nous parle de nouveau de la guerre, est une collaboration avec le scénariste Guillaume Boucher.

Les auteurs se sont inspirés d’un sujet de l’actualité. En effet, les soldats canadiens revenant du front rapportent souvent des syndromes post-traumatiques dus au stress intense que leur fait subir la guerre. Le scénario est dynamique et sa construction est plutôt originale. Il nous envoie constamment d’un pays à l’autre et finit par confondre les actions de l’un et de l’autre. Nous pourrions qualifier ce scénario de schizophrénique. J’ai trouvé que les illustrations étaient un peu drabes sans être pour autant mal exécutées. Elles sont plus du courant réaliste que caricatural de la bande dessinée. C’est un style difficile à bien maîtriser, car nous pouvons facilement comparer avec la réalité. Hicham montre beaucoup de talent, mais nous sentons qu’il sera meilleur de projet en projet. C’est un jeune artiste prometteur.

Mademoiselle de Lydie par Yvon Roy et Marc Dorais

Mademoiselle de Lydie est une histoire racontant la disparition d’Edward Matis et des tentatives de son ami pour connaître ce qui lui est arrivé. L’action se déroule au dix-huitième siècle. La construction du texte est parfaite. La chute est géniale et à moins d’être amateurs de mythologie, nous ne devinons pas ce qui se passera avant la toute dernière page. Le travail d’illustration dans un genre classique est très bien exécuté. Roy joue avec les noirs et les textures pour donner de la profondeur aux cases. Sans être révolutionnaire, c’est une bande dessinée travaillée et de bonne qualité.

Peine de mort par Olivier Carpentier et Gautier Langevin

C’est une nouvelle magnifiquement construite que nous offrent ici Olivier et Gautier. Se déroulant sur douze pages, l’histoire que nous découvrons est celle du père Sullivan et de sa femme, mais surtout le récit de leur duel momentanément interrompu par un mariage qui donna naissance à leur fils. Le travail d’illustration est tout simplement génial. L’esthétique des personnages nous fait légèrement penser à celui du groupe de musique Gorilaz. Les pages sont très belles et remplies de détails et de nuances. Les personnages sont beaux, les décors sont beaux; tout est beau. À quand un album complet pour Olivier Carpentier? Il a d’ailleurs aussi participé au premier tome de Front Froid. L’article.

Plan de contingence par Louis-Philippe Bastien et Minh Nguyen

Ce récit philosophique raconte brillamment le combat entre deux êtres surnaturels. Le premier peut devenir invisible et le second peut voir l’avenir avec un délai de trente secondes. Tout au long du combat, une réflexion philosophique portant sur le déterminisme se déroule dans la tête d’un des personnages. Il aurait été facile de se perdre dans les détails trop techniques. Mais non. Le propos reste clair et ne nous fait décrocher aucunement de l’histoire.

Les illustrations sont bien réussies. On sent une pointe d’inspiration du monde du manga. Les traits des personnages ainsi que les super pouvoirs qui leur sont attribués dans le récit sont familiers pour ce genre. Nous n’aurions pas tout faux de dire que c’est du Manga à l’américaine. Les cases sont remplies d’actions. Les corps sont toujours dessinés en mouvement ce qui les rend vivantes. Mais il manque un petit quelque chose et je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. J’ai hâte de découvrir ce qu’ils auront à nous proposer dans leurs prochains projets.

Tous mes amis sont morts avant le temps par Jeik Dion

La participation de Jeik dans le premier numéro du collectif Le Front avait été malmenée par une impression plutôt ordinaire. Nous mettrons la faute sur le dos du manque d’expérience. Mais là, trop génial! C’est mon coup de coeur de ce numéro. Cette histoire est complètement trash et disjonctée. Les nombre exagérées ux personnages sont tous plus invraisemblables les uns que les autres. Nous rentrons directement dans l’imagination débridée de Jeik Dion. C’est totalement éclaté. L’histoire va dans tous les sens, mais au fil des pages une histoire secondaire se dessine et l’on comprend tout à la dernière scène.

C’est une très belle bande dessinée. Les dessins sont d’un genre pratiquement propre à l’auteur et il est peu exploité. Les cases sont croches et débordent, les traits sont larges et les expressions sont. Ça donne une saveur particulière aux pages. On pourrait faire un rapprochement entre le coup de crayon de Jeik et de Zilon. Bref, c’est un style un peu difficile à définir, mais très spectaculaire. C’est une explosion d’idées qui vous arrive en plein visage toutes en même temps.

En terminant, j’aimerais remercier les bénévoles de chez Front Froid pour toute l’énergie qu’ils déploient pour publier ces ouvrages. Les jeunes auteurs ont en effet très peu de tribunes au Québec pour s’exprimer par leur plume. Continuer votre très bon travail.

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Le collectif Québécois Le Front (1 de 3)

dimanche, mars 14th, 2010

[Première partie] [Deuxième partie] [Troisième partie]

Le troisième tome de la série du collectif Le Front arrive en magasin au début du mois d’avril. Je profite donc de l’occasion pour vous présenter une revue de ce que les deux premiers nous proposaient.

Tout d’abord, il faut dire que Front Froid est un organisme sans but lucratif qui fait la promotion de la bande dessinée alternative en donnant à des auteurs une première chance de publier une nouvelle en bande dessinée. Je dis bravo à l’initiative. J’encourage tout le monde à aller se procurer dès maintenant les deux premiers tomes vendus ensemble pour moins de vingt dollars.

J’aime lire des collectifs pour y découvrir de nouveaux talents québécois. Chaque récit est un micro univers en soi. Front Froid a eu la bonne idée de nous présente une courte biographie de l’auteur avant de nous laisser découvrir son récit. Ainsi, nous apprivoisons plus facilement ce qu’il a à nous proposer.

Joyeux Noël salauds par Olivier Carpentier

Olivier nous fait entrer dans son monde imaginaire en nous dépeignant une version assombrie du père Noël qui, ici, prend le rôle d’un super héros. Il se fait protecteur des enfants, toujours à la recherche des méchantes brutes pour leur faire payer leurs crimes. L’auteur égratigne au passage la religion en incluant un de ses membres parmi ces criminels. Il est aussi très drôle d’y rencontrer une fée des dents hardcore. Il la décrit comme une junky, dysfonctionnelle, mésadaptée sociale, déchet féérique. Vraiment très drôle.

L’histoire est bien construite et totalement originale. Les dessins semblent beaux, mais l’impression noir et blanc n’est pas très réussie et ne rend pas justice aux illustrations sombres. Je suis allé sur son site pour constater que la qualité de son travail est beaucoup plus évidente sur des planches en couleurs. On retrouve justement quelques planches en couleurs de cette histoire. C’est un site à consulter pour découvrir un artiste de la bande dessinée alternative québécoise.

Loading… par Jeik Dion

Jeik nous fait pénétrer dans son monde du jeu vidéo. Pour un lecteur comme moi qui ai cessé d’utiliser les consoles lorsque le super Nintendo est arrivé, je dois dire que c’est n’est pas facile de m’y immerger en seulement quelques pages.

Encore une fois le niveau de l’impression ne rend pas justice au travail de l’illustrateur. Les dessins sont carrément bouchés et nous empêchent de bien comprendre l’histoire. D’ailleurs, je n’ai pas compris le punch. J’ai dû chercher sur le forum pour y voir un peu plus clair. Heureusement, il possède un blogue où nous pouvons avoir une bonne idée de ses réalisations artistiques. À noter dans cette histoire l’effet de pixel qu’il a donné aux personnages. C’est tout à fait approprié pour une histoire de jeux vidéo.

Minuit et des poussières par Félix Laflamme et Martin Roy

Martin et Félix nous racontent l’histoire de parents dont le fils est un loup-garou. Pour eux, la chose semble tout à fait normale. Mais la voisine écornifleuse appelle les autorités pour essayer de savoir ce qui se passe dans la maison à côté de chez elle. Du poulet et de la tarte sont prévus pour le repas.

Nous sentons la maturité et la maitrise de la plume dans ces illustrations. Elles sont belles, pleines de profondeur et le style coïncide parfaitement avec le propos un peu trash, mais tout de même accessible. Les pages sont remplies. Le découpage des cases est dynamique, mais quand même conventionnel. En résumé, c’est une bonne histoire, bien ficelée et parfaitement illustrée.

Moi, Anastacia par Michel Falardeau

Michel Falardeau n’est pas un dernier venu dans le milieu de la bande dessinée. Il a déjà publié la très belle trilogie Mertownville aux éditions Paquet en Europe et a travaillé sur plusieurs autres projets.

Nous faisons la connaissance d’une belle bande d’amis. Le sujet est contemporain. On reconnaît la dynamique d’un groupe d’individus dans la vingtaine. J’ai souvent passé des journées comme celle-ci avec des amis. Les dialogues sont intelligents et très saccadés. Comme au sein d’un groupe nombreux, les conversations vont dans tous les sens. Les illustrations sont faites dans un style légèrement Manga. C’est très réussi. J’aurais aimé les voir en couleur. Nous en avons un petit aperçu sur son blogue.

Round Midnight par Fred Jourdain

Fred Jourdain est un infidèle de la bande dessinée. Il y vient, il la quitte. Mais ses apparitions y sont toujours remarquées. Il est avant tout un artiste visuel talentueux. On pourrait croire qu’il fait de la bande dessinée comme il peint un tableau.

Nous entrons dans le monde du début du vingtième siècle tel que Fred l’imagine. Les personnages sont caricaturaux et très bien dessinés. Les gangsters ont vraiment l’air méchant. Chaque case est dessinée comme si elle était un tableau et pouvait se détacher du reste de la page et être accrochée au mur. L’histoire est bien construite et nous plonge rapidement dans l’action. J’aimerais connaître la suite.

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